Linda Maria Baros, "La Maison en lames de rasoir"


Dans La Maison en lames de rasoir, l’écriture de Linda Maria Baros tient du tranchant mais aussi de l’excès, de l’abcès. C’est une écriture aussi « névrotique » que toutes les lettres de l’alphabet (« Puisque les lettres sont toujours comme ça. Névrotiques »). 
On ne réussit pas à pénétrer tous les recoins de sa maison, mais quand on cela arrive on est happée, attrapée. En tout cas, qu’on réussisse à s’y installer ou qu’on s’y sente tenue à l’écart, on y est toujours un peu mal à l’aise. En ce sens, c’est une écriture qui nous force à garder l’esprit en alerte et les yeux grand ouverts – n’est-ce pas là une des visées de la poésie ?



Le fonds principal de mots


Si tu n’écris pas tous les jours mon nom,
oh, que ta main soit écrasée par l’étau des phrases !
Raidie, la bouche
avec laquelle tu gribouilles les mots !
Fouettée la parole
qui ouvre des pièges pour les loups
entre toi et nous !

Et qu’elles soient inguérissables à jamais, tes blessures,
que tu laves de mes larmes
amenées en ville dans une barrique !
Et que ton visage
soit éternellement souillé dans les fenêtres,
si tu ne taillades pas tous les jours
mon nom sur le bidon de l’amour !

Oh, mais si, en dormant, tu n’écris pas mon nom,
avec des lettres douces,
délicates, comme à nos débuts,
alors, je te le coudrai sur les lèvres
profondément, avec du catgut !

Linda Maria Baros, La Maison en lames de rasoir, Cheyne, 2008


© Joel-Peter Witkin, Feast of the fools

 

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